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Lundi 18 décembre 1916

 

Ce matin, plus de gaz. Surprise d’autant plus désagréable que je pars de chez moi à huit heures et que je n’ai rien pour le remplacer. Ma bonne voisine, Mme B. m’engage heureusement à faire chauffer notre déjeuner sur sa cuisinière. Ce qui nous vexe, c’est de n’avoir été prévenus ni par l’usine à gaz ni par la mairie. Nous courons tous vainement chez les marchands de charbon où ne reste aucune sorte de combustible ; chez les épiciers où l’on ne trouve plus  ni pétrole, ni essence, ni alcool. On erre sous la pluie battante à la recherche de fourneaux, de casseroles électriques, d’on ne sait quoi. La petite Suzon qui m’accompagne nargue l’averse et l’adversité en répétant :
« C’est le soleil de Montauban
Qui lave les pierres en descendant ! »

Au bout de 2 heures, ruisselant de partout, j’ai conquis un trépied des fagots, un petit fourneau parisien et 5 kg de charbon de bois. Que le charbon manque pour notre chauffage, notre éclairage, tant pis pourvu qu’il ne manque pas pour les munitions ; mais les usines à gaz ne produisent-elles pas des matières utiles à la défense nationale ? Et enfin, on devait nous avertir. Cette inertie, ce manque de courage pour prévenir d’une éventualité désagréable, c’est bien de chez nous (gens des pays envahis qu’on rassurait à tort).
Aïe ! À l’hôpital ! Quel désarroi ! Les salles ne seront plus chauffées qu’une heure. (Pourquoi justement de 9 à 10, quand pour le balayage tout est ouvert ?) Encore notre bonne administration. On ne peut radiographier le petit soldat qui a des éclats d’obus dans le cou ; il faut désinfecter tous les instruments à l’eau bouillante dans la cuisine ; c’est un va-et-vient de sœurs et d’infirmières ; les douches seront froides ; les bains on n’en pourra prendre.
Aux bureaux de rédaction, l’impression des journaux est arrêtée ; les magasins, les hôtels s’éclairent vaguement avec des lampes, des bougies. Pour comble, c’est un jour de foire et les maîtres d’hôtel ne savent comment [sustenter] tout le monde.
Le tambour passe enfin pour « prévenir » que le gaz manquera un temps indéterminé. Que ne faisait-on pas cette annonce huit jours d’avance ?