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Lundi 3 août 1914

À 4 heures, pour notre armée, messe émouvante. L’église est pleine comme un jour de Pâques. M. le curé a trouvé l’éloquence de l’émotion et quand il a pleuré sur les victimes futures dont plusieurs membres de sa famille seront peut-être, tous les fidèles ont pleuré avec lui. Oh ! Comme on a prié à cette messe !

À l’aube, clairons et tambours ont retenti et les premiers mobilisés nous ont quittés. Des jeunes filles de la société avaient hier fleuri leurs trains ; au passage, ils recevaient et mettaient, radieux, des fleurs au canon de leur fusil, à leur boutonnière, à la hampe des fanions ; des trains fleuris partaient des rires, des larmes, des chants. Départ de fête, presque de féerie. Pour quel drame ?

Tout le jour, les rues s’emplissent d’hommes portant un panier, un baluchon, une paire de souliers. Des femmes, des enfants les accompagnent parfois. Quelques-uns portent leur dernier né sur leur bras, pour le sentir plus près d’eux. De faux bruits circulent : 1 500 uhlans prisonniers,  mort en éventrant un dirigeable, 16 000 Allemands prisonniers des Russes. Il éclot des réflexions d’une prodigieuse naïveté : « Paraît que les Français sont déjà à Berlin ! »
Des loustics font rire qui allait pleurer.
« Voisin, au revoir, je vous donne rendez-vous à Berlin pour l’apéritif. Si j’arrive le premier, je préparerai tout !
– C’est ma femme qui est contente ! Je lui ai promis de lui rapporter une robe de cour.
– T’as mal au cœur, pauvre petit ?
– Vite une tasse de tilleul pour mademoiselle ! »

Vers 1 heure, le bruit se répand que Girardin, le photographe suisse, est un espion ; qu’il photographiait nos engins de guerre ; qu’il avait reçu 25 000 F pour faire sauter le , etc., etc. La foule se précipite dans sa maison, brise tout, veut jeter la bonne par la fenêtre et pousse des cris de mort contre l’étranger qui se cache dans le grenier d’un voisin. Les femmes sont les plus excitées. Notre ami le lieutenant P. découvre le photographe, l’emmène par le jardin et l’enferme à la gendarmerie pour que la populace ne le lynche pas. Le premier adjoint harangue la foule et l’engage de se retirer mais deux mille personnes persistent à attendre l’espion et quelques forcenés, grimpés sur une maison en construction, tiennent des briques toutes prêtes. Une femme crie dans la foule : « Je veux l’assommer avec mon parapluie, il a tiré le portrait de mon mari pour l’envoyer à Berlin. »
Un passant, roux de cheveux comme Girardin, est un instant pris pour lui et malmené. Mise en train, la foule découvre des complices au photographe si bien qu’un déclare : « Quelle sâle (sic) ville ! C’est plein d’espions. »

On n’imaginait pas que la mobilisation arrêterait tout, aussi complètement. Du reste, on ne se plaint pas, on est plutôt content de souffrir un peu pour le pays. Le charbon a été réquisitionné ; j’ai pu me procurer deux quintaux de bois. Ce qui nous prive le plus, c’est le manque de nouvelles. Les journaux ne paraissent ou n’arrivent plus. L’ est proclamé en France. Les mobilisés ne peuvent hanter les auberges qu’aux heures des repas. Des patrouilles circulent à 9 heures et demi et l’on ferme pour plusieurs mois les établissements restés ouverts. Les routes, les ponts sont barrés et il faut un sauf-conduit pour les traverser ; on ne se rend d’un département à l’autre qu’avec un passeport. Tout cela gêne l’espionnage et maintient l’ordre. Tant mieux !
J’ai souvent regretté que nos gouvernants, notre magistrature ne fussent pas plus énergiques.

La Croix de la Corrèze, 9 août 1914. Archives municipales de Brive, 8 S 980.

La Croix de la Corrèze, 9 août 1914.
Archives municipales de Brive, 8 S 980.

 

***

Espionnite

Au moment où la mobilisation s’accomplit, Brive n’échappe pas à la vague d’espionnite qui parcourt le pays. Le nom de famille, les origines, comme la profession, sont susceptibles de donner lieu à une dénonciation.
Émile Girardin, citoyen suisse installé face au palais de justice, en fait l’amère expérience. La rumeur accuse ce photographe étranger de vendre à l’ennemi des clichés concernant nos engins de guerre ! La foule prend d’assaut son magasin et il ne doit sa survie qu’à une fuite par les toits. Après s’être réfugié à la gendarmerie, il sera finalement lavé de tout soupçon par le Parquet.
Ce cas n’est pas isolé : en France, à la même période, d’autres personnes seront victimes d’accusations tout aussi fallacieuses.

Texte rédigé par les élèves de seconde du lycée Cabanis lors d’ateliers aux archives municipales de Brive en 2014.

Roland Garros (1888-1918)

Carte postale. Archives municipales de Brive, 37 Fi 1949.

Carte postale. Archives municipales de Brive, 37 Fi 1949.

Né à La Réunion, cet aviateur passe à la postérité pour avoir réussi la première traversée de la Méditerranée en 1913. Mobilisé durant la guerre, il meurt lors d’un combat aérien le 28 octobre 1918 à Vouziers, dans les Ardennes.

Texte rédigé par les élèves de seconde du lycée Cabanis lors d’ateliers aux archives municipales de Brive en 2014.

Viaducs de Vignols

Les viaducs ferroviaires de Vignols, en Corrèze, sont au nombre de sept. Construits entre 1873 et 1875, ils ont permis la première liaison directe entre Brive et Limoges.

Texte rédigé par les élèves de seconde du lycée Cabanis lors d’ateliers aux archives municipales de Brive en 2014.

Réserve militaire

Ensemble des citoyens qui, ayant effectué leur service militaire, ne sont pas appelés à combattre immédiatement lors d’un conflit.

Texte rédigé par les élèves de seconde du lycée Cabanis lors d’ateliers aux archives municipales de Brive en 2014.

État de siège

Régime d’exception qui, en cas de péril national et par décision ministérielle, réduit les libertés individuelles.Texte rédigé par les élèves de seconde du lycée Cabanis lors d’ateliers aux archives municipales de Brive en 2014.