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Mercredi 6 décembre 1916

 

Le fils du pharmacien F. (de P.), revenu d’Allemagne, conte ses tentatives d’évasion. La première fois, il se sauve avec un camarade – on ne se hasarde guère seul – et un jour de pluie – c’est le temps favorable. Un gardien gagné leur a procuré des effets. Ils croisent la patrouille :
« Gut nacht !
– Gut nacht ! »
Et la patrouille s’éloigne. Au bout d’une nuit de marche, éreintés, les fugitifs s’endorment dans une carrière. Une fusillade les réveille ; ils se croient découverts et visés. Nullement. Ils sont dans un champ de tir. Par malheur, un officier vient regarder les silhouettes pour vérifier la justesse du tir et aperçoit les évadés :
« Qui êtes-vous ?
– Civils ! »
C’est tout ce que les prisonniers peuvent répondre faute de savoir l’allemand. Les voilà repris, mis quinze jours au cachot. À la sortie de prison, nouvelle tentative. On se cache dans une grange sous des gerbes.  ! Les fermiers viennent justement charger leur paille ! Arrestation, deux mois de cachot. Troisième départ à sept. On erre un mois, souffrant du froid et de la faim ; enfin, on atteint la frontière hollandaise : elle est barrée par un courant électrique. Six fugitifs creusent un tunnel par-dessous ; le septième, impatient, jette de la terre sur les fils électriques, passe et se sauve. Surpris, les autres sont ramenés au camp. Six mois de prison. Le septième mois, F., qui commence à parler l’allemand, se met dans les bonnes grâces d’un  qui l’emploie aux bureaux. Sur une liste de g[ran]ds blessés en partance pour la Suisse, F. s’inscrit comme infirmier. À la frontière, deux majors, un Suisse, un Allemand l’interrogent.
« Vous êtes porté sur la liste comme infirmier, dit l’Allemand, mais du camp, vous êtes signalé comme évadé.
– Il y a erreur, major.
– Si vous êtes infirmier, faites ce pansement. »
« Aïe !, se dit F. Enfin, essayons ! Dans la pharmacie, j’ai vu quelquefois opérer mon père. »
« Bien mal posé ce bandage, grommelle le Boche.
– Pas très bien, mais, on voit quand même que le garçon n’en est pas à son coup d’essai, assure le Suisse bienveillant.
– J’ai envie de le garder , reprend le Boche.
– Bah ! la grande Allemagne n’est pas en danger pour un homme de plus ou de moins, affirme le malin Suisse.
– Ni pour mille », renchérit le Boche flatté.
Et le faux infirmier fraudât la frontière. Patrie et liberté ! F. répète que, si malheureux soient-ils, les Français sont parmi les captifs les moins infortunés. Leur force morale les soutient, leur bonne humeur rend leurs gardiens moins féroces. Les Anglais sont plus maltraités ; les Russes meurent comme mouches, crèvent de misère et ne sont secourus que par les Français qui ne peuvent hélas ! remédier à tout !

Grande joie chez les « rhéto » et les « philo » : un député a proposé d’accepter les engagements à partir de 16 ans. Pour eux, c’est chose faite : demain, ils vont échanger l’uniforme du collège contre celui du soldat. Christian M., qu’on appelait Cricri l’an dernier encore, n’a d’ailleurs jamais eu peur de rien, et qui ne rêve qu’aviation depuis le meeting de V. où il fit un vol avec le pauvre Chambenois tué depuis. En cachette de papa et maman, ce potache de 16 ans a écrit au ministre de la Guerre pour s’engager. Le ministre répond que les soldats seuls sont admis à devenir pilotes. Cricri est tout défrisé mais compte que l’avenir le dédommagera.

 

Carte postale. Archives municipales de Brive, 37 Fi 1952.

Carte postale. Archives municipales de Brive, 37 Fi 1952.

Malechance

Variante orthographique de malchance.

Feldwebel

Grade dans l’armée allemande correspondant à celui d’adjudant.

Jusqu’à plus ample informé

Sous réserve de renseignements plus complets.