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Vendredi 16 juin 1916

 

Manie qu’ont les Français de se dénigrer entre eux, de se dénigrer eux-mêmes. Le Nord, le Midi, et vice versa ; l’administré, l’administrateur ; le civil, le militaire ; le citadin le campagnard.
Permissionnaire de Verdun du 126e traite ceux du 226 d’ (ces derniers viennent d’être décimés à Douaumont) ; à entendre un soldat, son régiment est le plus brave, le plus éprouvé, etc. les autres sont formés de tire-au-flanc. Comme on tient, il faut bien que la plupart soient méritants et courageux. Croix de guerre, le permissionnaire me conte qu’il a mis à Thiancourt, étant agent de liaison, 8 heures pour faire 100 mètres sous des feux de barrages… que ses cinq compagnons furent tués et… qu’il suait et tremblait de peur en atteignant son poste !…
Craintes qu’inspire le Parlement. Lois sectaires. Les femmes du peuple disent non sans raison : Alors, ce sera comme au temps des seigneurs ?
Séance « secrète ». On tremble à l’idée des sottises du mal que peuvent faire ces brouillons, ces intrigants parmi lesquels se trouvent sûrement des vendus.
« La Chambre, expression de la Souveraineté nationale. » Vous ne vous doutez donc pas que la nation vous a mis en accusation et même condamnés par contumace ?
L’humilité, les mea culpa vous siéraient bien.

Causerie avec un noir blessé.
« Comment as-tu reçu ce coup de couteau sous le bras, Gueye Demba ?
– Être beaucoup nuit. Moi dire à Sergent : « Une Boche là-bas. » (Boche est du féminin pour Gueye Demba.) Sergent pas vouloir croire. Moi dire : « La Boche venir. » (Dans les ténèbres, le noir y voit sans doute mieux que le blanc.) « Va la chercher. » Moi ramper, pis sauter sur la Boche. La Boche piquer moi. « Amène-la. » Moi jeter la Boche au sergent.
– Ti l’avoir tuée ?
– Oui, Boche foutie ! plus tuer Sénégals.
– Comment ti avoir fait ça ? »
Gueye Demba brandit son poing énorme. « Casser gueule ! »

« Gueye Demba, que fais-tu dans ton pays ?
– Planter et vendre cacaouettes (sic) pour 5 000 F par an.
– Qu’est-ce que tu as dans ta maison ?
– Glace-armoire, autre glace, lits, table, tapis…
– Avec quoi t’éclaires-tu ?
– Électricité. (Gueye Demba habite la banlieue de Saint-Louis.)
– Qu’est ce que vous mangez les jours de fête ?
– Acheter deux boui (deux bœufs), moutons et beaucoup lièvres, oiseaux ; faire rôtis, sauces – Boui, 50 F ; mouton 5 F ; belle poule 25 sous.
– Que fait ta femme en t’attendant ?
– Femme coudèr… cousir… couser, cousi… (Gueye Demba n’arrive pas à trouver l’infinitif coudre.)
– Que feras-tu quand tu seras de retour chez toi ?
– Planterai cacaouettes (sic) et prendrai autre femme… »

 

Embusqué

Militaire affecté, par faveur, à un poste éloigné de tout danger.

Texte rédigé par les élèves de seconde du lycée Cabanis lors d’ateliers aux archives municipales de Brive en 2014.