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Samedi 7 septembre 1918

L’Angleterre nous envahit cordialement.

Tout le monde en France veut apprendre l’anglais, paraître le savoir. On l’enseigne aux soldats, aux dames employées – cours drolatiques de la caserne (mixtes), on inscrit pour le cours supérieur des jeunes filles qui savait cinq ou six mots d’anglais –, élèves qui se regardent au miroir, se poudrent et s’ébouriffent en entrant au cours. Un grand journal se fait de la réclame en insérant chaque jour une bribe d’anglais. Cécile a attrapé trois mots : « Good day, Sir ». Du seuil, elle les lance à deux Américains qui s’arrêtent et entrent ; confusion de la gamine qui ne peut continuer la conversation.

Méthodes gram[maticales ?] ; dicos anglais s’enlèvent chez les libraires.

Diner chez M. L., son empressement auprès du jeune couple yank. Lui aussi veut faire voir qu’il sait l’anglais, il s’informe aimablement : « Are you drinken ? » L’Américaine éclate de rire. Réflexion de M. Larkinson sur l’hilarité et les étrangers. Il est en France depuis longtemps M. Larkinson ; sa remarque est-elle inspirée par la franchise anglaise ou par l’amabilité française ?

Ceux qui ont appris des mots dans leur journal veulent parfois me faire la leçon, ignorant à quel point l’anglais m’est familier. Je commence à le trouver envahissant et à me reprocher de lui accorder un temps que je pourrais consacrer au français. Je me demande si l’oncle Sam et John Bull apprennent le français avec autant de zèle. Voici deux officiers anglais : l’un, qui a appris le français avant de venir l’écrit bien et le parle mal ; l’autre qui n’en connaissait pas un mot, le parle bien et ne peut écrire une seule phrase. Ces deux exemplaires ne se retrouvent-ils point partout ?

Presque tous les peuples baragouineront le français et l’anglais.

Hantée par l’engouement général, cette nuit j’ai rêvé en anglais.

Eux mettent une bonne volonté remarquable à parler français et font des progrès surprenants.

 

Dans le métro, les trams, le train, on se fait la leçon.

 

Le petit Jean fait signe à un soldat anglais qui passe.

« Do you speak english ?

– Yes. »

L’anglais entre. Jean le fait asseoir, lui offre du thé, en répétant ou répondant :

« Yes ! Yes !

– How old are you ?

– Yes.

– What does your father do ?

– Yes.

L’Anglais s’en va et Jean, ravi, le suit des yeux. Ça n’est pas difficile de parler anglais ! Pour comprendre, c’est autre chose.