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Samedi 25 novembre 1916

 

J’ai voulu me confesser ce matin parce que, souffrante, je n’avais pu le faire à la Toussaint. Dans l’église, aux confession[n]aux, pas de prêtres. Les vicaires sont infirmiers ou  régim[entaires] et M. le curé, surmené, est gravement malade. À la porte de la sacristie, je rencontre un soldat qui s’efface pour me laisser passer.
« Nous n’avons pas en ce moment d’autre prêtre que celui qui sort d’ici, me dit le sacristain.
– Ce soldat ?
– Oui. Demandez-lui de se rendre au confession[n]al.
– Mais je ne le reconnaîtrai pas ; il y a plusieurs soldats dans l’église.
– Attendez, j’y vais. »
Le prêtre-soldat vient, me laisse débiter ma fâcheuse litanie, puis il me morigène comme un ancien, un bleu. Il me reproche rudement mes petites défaillances, me montre qu’elles font un grand relâchement, que je ne suis pas un bon soldat du Christ, donne enfin une diane retentissante à ma conscience. Tout en me défendant un peu, je me disais en songeant que le g[ran]d Cardinal fut d’abord soldat : « Quel petit Richelieu !… C’est dommage qu’il ne commande pas un corps d’armée ! »

Les S. vivent d’une petite retraite d’ex-petit employé que le formidable enchérissement de la vie rend exigüe. Sans enfants, ils choient « un namour » [de] petite chienne fox-terrier, Finette, dont on leur a disent-ils vainement offert 500 F. Finette couche dans un berceau, elle a son couvert à table ; au salonnet, on voit Finette en photo et même en peinture. Hier, les deux époux ont appris avec émotion par le journal que les chiens de luxe allaient être imposés de 50 F. D’abord ils ont gardé le silence et fixé leurs regards sur la mignonne Finette qui chauffait son museau devant le feu.
« Nous ne pourrons pas la garder, a dit Monsieur.
– Oh ! mon ami !… »
Madame a pleuré toute la nuit. Quoi, Finette, l’innocente, la fidèle Finette, serait victime de cette horrible guerre ! Il faudrait la faire tuer. Non, cela ne sera pas. Ce matin, Madame S. a pris des résolutions héroïques : on gardera Finette coûte que coûte. On s’imposera trois jours sans viande chaque semaine. On renoncera au café dominical ; n’aie pas peur, chère Finette ! tant que tes maîtres auront un morceau de pain, ils le partageront avec toi.

 

Aumônier militaire

Prêtre catholique affecté, de par la loi, à un groupe de brancardiers. Il est à la fois celui à qui on se confie et se confesse. Il est aussi habilité à administrer les derniers sacrements. À noter que l’essentiel du service religieux est cependant assuré par les prêtres-soldats mobilisés.

Texte rédigé par les élèves de seconde du lycée Cabanis lors d’ateliers aux archives municipales de Brive en 2014.