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Vendredi 12 novembre 1915

Que de nuits d’insomnie où je me débats avec tous nos combattants contre l’effroyable péril, où je m’agite meurtrie, blessée, où je me sens agoniser avec la Belgique et la Serbie, où chaque averse, chaque rafale retentit douloureusement dans mon cœur.

J’ai souffert des défauts de mes compatriotes comme si j’étais d’une autre race qu’eux. Mais par un côté du moins, la sympathie, la générosité, je suis bien – bien trop des leurs.

Héros malgré lui.
À la …e du 326e, un gros territorial, ci-devant boucher « chevalin », fait par sa corpulence et sa couardise la joie de toute sa compagnie. Pour ne pas aller au feu, il s’est improvisé cuisinier et élève deux cochons. Chaque fois qu’on parle de l’expédier dans les tranchées, il se roule à terre en criant comme un enfant capricieux.
« C’est ton tour d’aller porter le jus, lui crie un fourrier.
– Impossible, sergent, les cochons n’ont pas « baqué » ».
Un jour, le capitaine dit au poltron d’un ton d’autorité :
« Tu es à la guerre et tu n’as rien vu. C’est ridicule, c’est honteux. Tu vas monter avec nous sur ce camion de ravitaillement qui va à V. On assistera à la bataille de loin, et tu pourras dire que tu as vu quelque chose.
– Mais…
– Pas de mais… Monte.
– C’est que…
– Obéis, ou l’on te fusille…
– On n’approchera pas trop ?
– Pas de danger. »
On hisse le  à l’arrière du camion et l’on part à fond de train. Le bonhomme exécute involontairement une danse du ventre et se plaint de l’allure. Zzz paf, des  se mettent à pleuvoir. Sancho Pança supplie qu’on le laisse s’en retourner. « Tu n’y penses pas, dit le capitaine, qui se divertit fort. Nous sommes repérés, il faut revenir par un autre chemin. »
On se trouve bientôt en pleine ligne de tir. Sancho se tord en tous sens comme s’il était grièvement blessé ; un obus éclate près d’eux. Soit ébranlement de l’air, soit écart des chevaux, soit terreur, le poussah tombe sur les cailloux et se blesse au menton. On le ramasse, on le ramène à demi-mort de frayeur. On lui met un pansement énorme ; et depuis, on dit de lui : « Quel poilu, le cuistot ! Blessé au feu de l’ennemi. Il a mérité la croix de guerre ! »

Traîtres.
Vieille femme qui parcourt le front à …. Dénoncée par un enfant, surveillée par un officier en civil, elle est arrêtée par celui-ci au moment où elle met comme tous les jours dans la rivière une bouteille contenant des renseignements sur les troupes et les batteries. Illettrée, elle se laisse fusiller sans dire pour qui elle opère. Elle a trois fils au front.

Dans l’Est, quantité de femmes légères de la Suisse allemande. À ceux qui s’étonnent et s’inquiètent, on répond : « Mêlez-vous de ce qui vous regarde. »

 

Collecte 14-18. Carte postale, fonds Georges Nadine 21 NUM.

Collecte 14-18. Carte postale, fonds Georges Nadine 21 NUM.

Poussah

Homme ridiculement gros et court.

Shrapnel

Obus chargé de balles qu’il projette en éclatant juste avant de toucher le sol.

Texte rédigé par les élèves de seconde du lycée Cabanis lors d’ateliers aux archives municipales de Brive en 2014.