Jeudi 8 février 1917

 

Depuis dix jours, froid de plus en plus rigoureux. Tout arrive congelé du marché : œufs, fruits et légumes. Dimanche, prise d’une forte fièvre et d’une courbature générale, j’ai dû m’avouer incapable de tout effort sérieux. Ce n’est pas tout la souffrance, l’insomnie qui m’affligent que l’incapacité de travailler. Les nuits de gelée et les journées de neige se succèdent. Mon front brûlant appuyé aux vitres froides, je regarde tomber les flocons pressés. Pour augmenter ma fièvre, l’idée des souffrances de nos soldats me hante. La neige les ensevelit dans les tranchées. « Notre pain s’est gelé et nous ne pouvions le couper », me dit l’un ; « 26° [C] au-dessous de zéro, l’essence gèle dans le moteur ajoute un pilote, impossible de voler. Des permissionnaires ont eu les pieds gelés dans le train ; on ramasse des factionnaires morts de froid. » Je m’efforce de prier pour les infortunés mais mon mal de tête est si violent que [mes] prières se dissolvent dans une sorte de stupeur.

Le Pays de France, collection archives de Brive, 28C114

Brive – Le Grand marché, place de l’Hôtel de Ville, carte postale, 37Fi103