Mercredi 14 mars 1917

 

Une femme du peuple suivait tantôt dans la rue Mme M. qu’elle ne connaissait même pas et simplement parce qu’elle lui paraissait élégante en criant : « On n’en trouve pas de pétrole, mais il y en aura quand même assez pour brûler ta maison et toi ! » Une autre mégère a crié à Mme T. : « Nous saurons bientôt ce que les bourgeois ont dans le ventre. » Une blanchis[s]euse qui a d’ailleurs perdu deux fils à la guerre demande : « Quand commence la Révolution. Je la suis avec un couteau ! » Une paysanne déclare : « Si l’on vient après le battage réquisitionner nos céréales, nous prendrons nos faux et les réquisitionneurs ne sortiront pas vivants de chez nous… » À l’oreille, elle me confie : « Quand les hommes reviendront, nous pendrons les curés et les bourgeois qui sont causes de la guerre ! » Le sot fétichisme pour la Révolution, le néfaste anticléricalisme inoculés au peuple depuis un demi-siècle et la perfide propagande boche s’amalgament, se renforcent comme la brique et l’acide azotique pour former un dangereux explosif. On fait dans les campagnes des conférences pour récolter de l’or. Il en faudrait faire pour éclairer ces aveugles enragés, prêts à déchaîner imbécilement la guerre civile. Mais quelles clartés peuvent être perçues des aveugles ?

Vieille paysanne, retour de la ville, archives municipales de Brive, carte postale, 37Fi1035