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Vendredi 6 décembre 1918

J’apprends brusquement quelle place une marraine inconnue tient dans les pensées d’un prisonnier. Avant d’aller embrasser sa mère, mon dernier filleul de guerre, retour d’Allemagne, se précipite chez moi. Quatre ans de captivité, plusieurs évasions manquées, 124 jours de prison ; une marche de 180 km pour regagner la France ont fondu son corps, maigri et jauni son visage qui porte les cicatrices des coups de crosse reçus. Perdu dans l’uniforme bleu horizon et les bottes vernies dont on vient de le revêtir, il se juge pourtant très chic. (En Allemagne, les élégantes s’habillent de papier tressé…) La conversation est confuse parce qu’on veut se donner trop d’éclaircissements à la fois : colis reçus, colis dérobés, dénuement des Boches (un officier, honnête celui-là, offrait 40 marks d’un bout de savon), menu des prisonniers (café de pommes d’amour ( ?), soupe de betteraves, ou d’orties et d’épluchures de pommes de terre). « Un peu de malaga et un biscuit. » Il mange et boit à la manière des convalescents de l’eau pour tout remède ; pour pansement, du papier d’orties (décidément l’Allemagne est un champ d’orties)…

« Les interprètes n’étaient pas « calés » Ils ne comprenaient pas les allusions « au front ». Depuis deux mois, tous les colis étaient volés… Mais qu’on s’est régalé avec le dernier reçu : l’avoine décortiquée additionnée de lait et de sucre !

– Que vouliez-vous faire des 8 mètres d’élastique que vous avez demandés ?

– C’était pour m’évader.

– À quoi cela pouvait-il servir ?

– À attacher les paquets. On partait plusieurs… J’étais à Schaff[h]ouse quand des patrouilles m’ont découvert. »

Voulant alors me montrer la dernière circulaire boche, mon filleul laisse choir ses objets les plus précieux : un ruban vert qui noua un présent de Noël ; la photo de sa marraine dans le costume du pays, un brin de buis… Il se hâte, confus, de replacer le tout et me tend l’imprimé. Le Caïn allemand s’y camoufle en bon frère, en chaud républicain, annonce une soi-disant entente franco-allemande et termine par « Vive l’Allemagne, vive la France ! » Barbare hypocrite, tel les prisonniers s’accordent à qualifier le Boche.

C’est en Belgique vers Namur que, blessé, mon filleul fut pris. Les Allemands ce jour-là poussaient devant eux en marchant contre les Français toute une troupe d’enfants de 10 à 14 ans. Les Français tirèrent assez haut pour épargner ceux-ci. Alors, les Boches, à coups de mitrailleuse, abattirent les pauvres petits. Le filleul sort, lesté d’un billet bleu. Sa bonne femme de mère, à moitié aveugle, avertie de son arrivée le cherchait ; elle tombe dans ses bras et perd connaissance. Film de guerre : la vieille maman painée (sic), le prisonnier et la marraine penchés sur elle.