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Vendredi 6 juin 1919

Il n’y a pas actuellement en France de profession plus décriée que celle de représentant du peuple.

 

Deux France : celle des exploits, celle de l’exploitation.

 

Il fut très impolitique d’accorder un armistice à l’Allemagne. Le peuple à bout de nerfs avait besoin de casser quelque chose. Ne pouvant mettre en pièces le ménage boche, il est tenté de casser sa propre vaisselle.

 

Oh ! oui, nous sommes mal défendus. L’insuffisance des moyens de défense a permis l’envahissement de notre territoire ; la faiblesse, l’incurie de nos gouvernants nous a encore mis à deux doigts de notre perte en 1917 ; elle nous a livrés aux traîtres, aux spéculateurs, aux pillards durant toute la guerre ; elle nous expose à l’insurrection aujourd’hui. Nous ne sommes pas défendus contre l’alcoolisme, la débauche, la mauvaise presse, les mauvaises doctrines. À Limoges, tant que la ville a été gardée par des policemen Yanks, les honnêtes gens pouvaient circuler sans crainte, de nuit comme de jour ; la canaille se tenait tranquille. L’air déterminé de ces policemen armés de gros gourdins et de brownings inspirait la sagesse ; ils n’avaient point comme nos pauvres commissaires guignolesques la défense de se servir de leurs armes. Eux partis, la ville est redevenue la nuit un coupe-gorge.

 

Un de mes souvenirs d’enfance les plus nets remonte du fond de ma mémoire. J’avais environ 2 ans. Ce soir-là, dans la jolie chambre tendue de perse à roses bleues, ma mère et ma nourrice ne m’avaient pas couchée dans mon berceau blanc et bleu. – j’étais vouée à ces couleurs pour dix ans. Des périls menaçaient ; elles m’avaient étendue tout habillée sur le lit de ma mère et veillaient, en regardant parfois derrière les persiennes. Au petit jour, le sol, la maison tremblèrent, ébranlés par un lourd roulement et je vis défiler des batteries d’artillerie qui montaient sur une hauteur dominant la ville pour la bombarder. La Commune était maîtresse du centre, de l’hôtel de ville, de la préfecture ; à la fusillade, au pillage insurrectionnels s’ajoutait la canonnade des défenseurs de l’ordre. Je ne me rendais pas compte des événements mais la petite robe bleue conservée pour dormir, le défilé des canons, le bruit des coups et sans doute l’air inquiet de mes gardiennes me révélaient quelque chose d’insolite et de redoutable.

 

Un opportuniste cause avec un riche égoïste : « Vous ne voulez pas donner votre col de fourrure ? On vous prendra le manteau et la peau avec. »

 

Un campagnard va trouver le Dr L. Il souffre de maux multiples et surtout du côté. D’ailleurs, il n’est pas alcoolique affirme-t-il ; il ne boit presque jamais d’eau de vie ni de liqueurs, rien que du vin. Le docteur lui trouve le foie extrêmement enflé. « Combien buvez-vous de litres de vin par jour ? » Le campagnard compte : bouteille à déjeuner, à diner, à goûter, à souper, q[uel]ques verres en travaillant ou au café ; total 5 litres par jours.

« Si je posais, le matin, sur votre table trois quart de litre d’eau de vie en vous engageant à les boire dans votre journée, vous diriez : « Non Monsieur cela me ferait mal. » Eh bien ! dans 1 litre de vin à 11°, il y a environ 100 grammes d’alcool ; multipliez par 5, vous avez 500 gr d’alcool ou trois quart de litre.

– Tiens ! Je n’avais jamais pensé à ça. »

14 juin, épilogue : à Béziers, les entonneurs grévistes obtiennent des négociants en vins 14 F et 5 litres de vin par jour.

 

Femmes mécontentes de la journée de 8 heures parce que, contrairement à une affiche de la CGT, elles pensent que leurs époux fréquenteront encore plus le cabaret.

 

Journée de 8 h soit, c’est assez si l’on fait en conscience un travail pénible ou malsain ; mais voici la semaine de 44 heures et déjà l’on réclame la journée de 6 heures voire de 4… avec augmentation de salaires. Pourquoi pas en même temps l’heure de 44 minutes ? Ceux qui veulent travailler de moins en moins finiront par être servis à souhait, car le travail manquera. Les campagnards que la terre réclame de 5 h à 22, jugent ces revendications déraisonnables.

 

L’Allemagne a fait la révolution russe, elle sait comment s’y prendre pour jeter un peuple dans l’anarchie ; mais en accroissant la somme de ses crimes, elle accroît son châtiment éventuel.

 

Tous les blessés allemands sont très grièvement atteints et la plupart ne pourront survivre. L’un d’eux a une irréparable fracture de la colonne vertébrale. « Vous êtes très bonne », a-t-il dit à Marguerite P. que sa connaissance de l’allemand amène souvent dans leur salle.

À ce soudard, hier, avide de tueries, la souffrance a révélé que le meilleur mode d’existence c’est la bonté.