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Samedi 1er février 1919

Malaise : tout renchérit avec une rapidité impressionnante. La taxe fait disparaître immédiatement une denrée, arrêt des affaires, le travail manque, des hommes démobil[isés] ne peuvent gagner leur vie. Allemands et Russes s’efforcent partout de susciter des troubles ; les ouvriers ne sont que trop disposés à les écouter. La conférence de la Paix nous déçoit. Malgré la victoire tout est trouble, incertain.

 

Roosevelt ? Nous l’aimons.

 

 

Le Conseil des Quatre à la conférence de paix : Lloyd George, Vittorio Orlando, Georges Clemenceau, et Woodrow Wilson. 27 mai 1919.Photographie Edward N. Jackson (US Army Signal Corps).

 

 


Dimanche 2 février 1919

 

L’instituteur parisien antimilitariste est démobilisé. Il s’était d’ailleurs arrangé de façon à être aussi peu soldat que possible et pas du tout poilu : il a fait la guerre dans les bureaux ; arrivé chez lui, il s’est hâté de mettre un costume civil.

« C’est le retour définitif ?, lui dis-je

– Oui, je ne suis heureusement plus forcé d’endosser l’uniforme. »

L’uniforme absurdement abhorré a eu sa revanche, a été vengé. Une crise de froid sévissait ; l’habit échancré, en drap fin n’a pas défendu le civil qui s’est mis au lit avec une bronchite, contraint de reconnaître les mérites de la bonne capote bien fermée, en épais tissu, qui l’avait protégé quatre ans contre les intempéries.

 

Réflexions.

Uniforme, vêtement du courage, du dévouement, de la discipline, de la victoire aujourd’hui. Démocratique puisque uniforme.

 

 


Lundi 3 février 1919

Foire. Quantité de soldats, d’hommes dans les rues tandis que depuis longtemps on n’y voyait guère que des femmes

 


Vendredi 7 février 1919

André B. retour d’Allemagne – superbe de mine, ayant beaucoup gagné intellectuellement et physiquement, conte ceci : « À Mézières, après l’entrée des troupes françaises, la population courut chercher quelques filles de mauvaise vie qui servaient d’espionnes aux Allemands et vivaient avec eux. Ayant beaucoup souffert par ces prostituées, la foule voulait leur témoigner son ressentiment et son mépris. Des soldats français se mettent de la partie. Ces filles s’étaient barricadées ; on enfonce portes et fenêtres, on les chasse à coups de bâton, on les traîne dans la boue, on les fouette ; on leur coupe même les cheveux avec un couteau ! punition anodine pour de pareils crimes… »

Suite des récits d’André.

La paysanne des environs de Sarrelouis qui refuse du beurre, son mari en donne en tremblant capout ! – Kamerads ! etc.

Punition infligée à un paysan allemand qui ne veut pas saluer ; on le charge d’un fusil mitrailleur, d’un sac et on l’emmène à 25 km puis à 25 autres ; il est rendu et assoupli.

Souvent des Français arrachent le chapeau des Allemands et le piétinent.

 

Dans le sect[eur] Amér[icain], incidents. Un off[icier] français, d’un coup de cravache, décoiffe un passant, un off[icier] américain (du Texas) déclare que cela ne se fait pas ainsi chez eux (ils ne se sont pas battus et plus[ieurs] sont boches) d’origine.

Soldat Yank ivre qui menace un Français de son gros browning, l’autre le couche en joue avec son fusil ; l’Amer[icain] pose son révolver sous la table.

Le colonel, le factionnaire et l’Américain – excuses du commandant Américain.

Les Français se vengent des Allem[ands] à la Henri IV.

25% des Mayençais veulent rester Allem[ands], 25% devenir Franç[ais] et 50% sont indifférents.

Platitude des Allem[ands] ; les hommes beaucoup plus plats et canards que les femmes.

 

Le soldat disparu (Nougier).

 

Gaîtés de la grippe : le meilleur médecin.

 

Opinion d’un Américain.

Les villes de France sont plus jolies que les villes des États-Unis.

New York est laid.

Un autre n’admire que les maisons à 20 étages.

 

Réclamer le droit de suffrage pour les femmes ? Je demanderais plutôt qu’on l’ôte aux hommes parce qu’il est une source d’abus mortels.

 

« Pauvres mal soignés en France ».

 

Mme P. à Limoges. Les livraisons pourries sous un hangard (sic), chaussures jetées à l’eau (débrouillez-vous !)

 

Représailles exercées par les camp[agnards] contre les citadins et vice versa ; guerre, exploitation, tous ennemis ; parce que les temps sont durs, on se traite durement.

« Vous vous moquez des paysans. Ils vous feront payer ce qu’ils voudront – lait, 20 sous ; pommes de terre – [illisible].

Augmentation, non, ascension en aéro. Cela révèle des manœuvres frauduleuses – régime de fripons.

 


Mercredi 12 février 1919

Menaces boches – simple chantage à mon avis.

 


Lundi 17 février 1919

Alarmés, visages troubles, le bruit court que les Allemands ont refusé de signer le renouvellement de l’armistice et que les hostilités ont repris. A. assure qu’il a vu la dépêche. Le simple bon sens dément ces bruits.

 


Mercredi 19 février 1919

Douleur, inquiétude. J’ai prié – ce n’est pas la première fois – pour Clemenceau dont j’ai longtemps admiré le talent avant de vouer à son patriotisme une ardente reconnaissance. S’il vit, l’autorité, l’ordre garderont l’avantage ; sa mort peut devenir le commencement d’une terrible guerre civile.

Qui l’a frappé ? Non pas le misérable déséquilibré Cottin mais les Allemands et les Français vendus à l’Allemagne. Un crime boche, avec complicité française de plus. La démocratie allemande égale du premier coup en banditisme l’ex-régime impérial.

Mais avoir permis les menées anarchistes, la propagande, l’impression et la vente des journaux antipatriotes, n’est-ce pas avoir donné toutes facilités au mal ?

 

Le seul fait d’exister nous force à opter entre héroïsme et la lâcheté. N’espérons pas nous raccrocher à quelque moyen terme : c’est l’un ou l’autre et montrer cela aux enfants, et les aiguiller vers la détermination.

Éluder ce dilemme.

 

« L’Allemagne payera. » Si l’on en croyait les politiciens et les journalistes, elle payerait non seulement ses forfaits et nos frais de guerre – ce qui serait juste – mais encore nos prodigalités et nos gaspillages. Pierre dont l’usine a été détruite réclame à bon droit ; mais Paul qui, abusant du moratorium, n’a point versé son loyer prétend de même faire endosser sa dette à cette débitrice universelle « L’Allemagne payera. » C’est l’espoir du profiteur, l’excuse du gâcheur, la consolation du sinistré, le leurre offert un gogo. L’Allemagne semble être devenue une mine d’or inépuisable que les financiers alliés s’apprêtent à exploiter – en exploitant d’abord la crédulité publique par une réclame exagérée et en gardant une si forte commission, que les ayant[s] droit ne recevront qu’une part minime.