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Dimanche 27 octobre 1918

L’épidémie fait rage dans mon quartier. Deux morts ce matin dans le voisinage immédiat. Puisque je suis, depuis la mort de ma mère, un dévoûment en disponibilité, je vais d’abord chez les S. où il y a plusieurs malades. À voir la mère et les deux jeunes filles dans leur boutique ou d[an]s la rue, je les croyais assez à l’aise ; mais le délabrement de leur demeure, de leur intérieur révèle la gêne. La mère de famille, la providence du logis, est froide et rigide sur sa couche ; pour ne pas rester auprès de la trépassée, le père, gravement malade, s’est couché dans la cuisine sur une paillasse. La fille ainée alitée dans la même pièce est amaigrie, livide, la g[ran]d-mère geint dans une arrière petite pièce. Les sanglots se mêlent aux quintes de toux. C’est grand pitié et la plus jeune fille seule indemne a bien besoin d’aide ; mais des parents arrivent ; ma présence devient inutile. Je me rends chez les G. Ceux-là ont quelques fortunes. Mais c’étaient deux hommes seuls, un peu originaux, vivant à l’écart sans domestiques ; puis le danger de contagion fait fuir les connaissances, le fils est mort, le père albuminurique reste en tête-à-tête avec ce cadavre. J’offre de passer la nuit et renvoie le pauvre homme se reposer. Mais le hasard – ou la volonté divine – me traite comme une abbesse fait d’une novice qu’elle veut éprouver : le vieillard habite dans une autre rue ; je reste seule dans la maison mortuaire ; le mort entre en décomposition ; il gonfle horriblement, un sang nauséabond sort par jets de ses narines et de sa bouche avec des petits sifflements bizarres. Je tente vainement de préserver son linge et sa couche. Pendant ce temps, un ivrogne clame devant la maison et tape violemment. Tout cela m’ébranle un peu. Cependant, je réfléchis que ni les morts ni les tapageurs ne sont redoutables. On sonne. C’est une brave fille qui vient me tenir compagnie. La providence a voulu de moi l’acceptation et l’avant-goût de l’épreuve, non l’épreuve complète. La nuit fut dure pourtant sur des chaises, dans une atmosphère écœurante malgré l’air froid que versait une fenêtre ouverte. Une sœur garde-malade est venue nous remplacer à 7 h du matin. Avant de partir, j’ai recouvert le mort de son linceul pour que le père ne voie pas l’affreuse transformation devant laquelle la religieuse elle-même n’a pu retenir un petit cri.

À l’église, la cloche m’engageait à entrer. Ma courte prière faite, j’ai compris que cette nuit était en même temps qu’une des pires, une des meilleures de ma vie, parce que j’avais exercé mon courage et ma charité.

 

Anglais et Français : luttes, fusions, effusions ; Allemands et Français pas de troisième stade. Langue anglaise à demi française. « Avec un gallicisme et un germanisme vous avez un anglicisme ».

L’affection que j’éprouve pour ce qu’il y a de français dans l’Anglais ne parvient pas à me rendre sympathique ce qu’il y a de germanique en lui.

 

Restrictions pour tout en ce moment, sauf pour la boucherie humaine.