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Samedi 6 juillet 1918

Lettre d’un prisonnier de guerre.

 

Diemtigen

OBB Suisse

6 juillet 1918

 

Enfin ! me voici après 42 mois 10 jours délivré du bagne. Après mon départ du camp d’officiers, le 17 août 1917, je suis rentré au camp de Cassel. Au bout de quelques jours, on m’envoie travailler avec 5 de mes camarades de Münden à une carrière de pierre, ou plutôt à Biribi. À la barraque, on trouve 20 Français et 12 Russes dans un taudis qui dégageait des odeurs indéfinissables. Le lendemain matin, une brute nous réveille à 5 h pour nous envoyer à la carrière ; nous refusons en disant que nous avons besoin d’arranger nos affaires et de nettoyer la barraque. Pas d’explication. En prison. Nous voilà tous partis en chœur et enfermés dans un cagibi ( ?) de 1,50 m au carré. Nous décidons de sortir le lendemain pour aller au travail. Pendant 3 semaines, nous avons eu des carottes fourragères, de la farine de fève moisie et, à midi, des pommes de terre en tenue de campagne. Impossible d’y tenir sans mes colis et les biscuits. Un beau jour, je me fais porter malade, on me trouve une dilatation d’estomac ( !) Après 17 jours de repos à la barraque, je rentre au camp où un camarade infirmier me fait entrer à l’infirmerie. J’étais sauvé, car il n’y a là que des majors russes et ça se passe en famille. Je suis présenté au major allemand pour l’internement. Il ne trouve pas ma maladie assez prononcée. Le major russe me découvre alors un point de bronchite, me représente et je suis accepté pour la Suisse le 19 novembre 1917. Depuis, j’attendais toujours. Nouvelle visite le 23 mars ; départ de Cassel, dernière visite le 26 juin. Le plus beau jour de ma vie a été le 4 juillet : À 7 h ½, j’ai franchi la frontière et entendu cette charmante population suisse crier : « Vive la France ! » Je ne puis vous décrire ce que j’ai ressenti. Dans toutes les villes nous avons été admirablement accueillis. Maintenant, je suis dans un hôtel avec 21 camarades français ; j’ai bon lit, bonne table, la liberté, les promenades dans ces belles montagnes ; je trouve les journées trop courtes. Dites aux D. et aux P. que je leur écrirai pour leur parler des leurs. Embrassez bien notre Dédé ; recevez mes remerciements et mon affectueux souvenir. Bonjour à toute la famille.

Victor B.

 

Noé Alliouné est toujours prêt à rendre service, à se charger des corvées.

« Tu devrais bien me laver cette chemise, Noé Alliouné.

– Donne.

– Veux-tu astiquer mon fusil ?

– Donne. »

Mais quand ses obligés vont en permission, Noé leur dit : « Toi écrire à moi. » Celui qui néglige d’envoyer de ses nouvelles s’entend répondre s’il demande un nouveau service : « Toi pas écrire, moi rien faire pour toi. » Noé, d’ailleurs, ne manque jamais d’adresser des lettres à ceux qui l’accueillirent bien.

 

Les Anglais – après leur défaite de la Somme, la retraite de la 5e armée – éloges et compliments ridicules. Ils sont assez sincères et intelligents pour comprendre qu’ils ne les méritent pas, du moins pour cette affaire-là.

En Italie, ils ont sauvé le 126e; louons-les de cela. Mais d’une reculade qui met eux et nous dans le plus grand péril, abstenons-nous de les féliciter.

 

On dira finalement : Ils sont si vains[1] ces Français ! En leur faisant des compliments, on les amène à se battre pour tous !

 

Pain de son et de paille. M. F. me dit : « À la fin du siège de Paris, en 71, il était moins mauvais. » Nous voulons bien en vivre, et même en mourir, mais pour assurer notre délivrance, non pour enrichir les minotiers.

 

Deux pauvres réfugiés, le mari et la femme, s’avancent, accablés, incertains et se heurtent contre un arbre de l’avenue ; les gaz les ont rendus aveugles l’un et l’autre.

 

Tu t’es vendu au diable, Faust, prends garde à la dernière minute !

[1] Vain : qui est orgueilleux, plein de vanité.