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Dimanche 8 avril 1917

 

« La guerre n’est pas un tournoi ; tous les instincts brutaux s’y déchaînent. Les Boches ne sont pas seuls à dévaster le Nord et l’Est de la France. Sur la route de B., des rangées de cerisiers magnifiques ont été coupées par les soldats français parce que le cerisier brûle mieux que le sapin ! À la halte, les soldats ont tout de suite trouvé du combustible. On entend des coups multipliés : ce sont des meubles, des portes, des planchers qu’on dépèce. Un officier a besoin d’un bout de miroir dans sa cagna : un coup de sabre au milieu d’une grande glace et le voilà servi. Les tranchées sont des bric-à-brac. Évidemment, les dégâts faits par nos troupes ne sont que peccadilles à côté de la destruction systématique poursuivie par les Allemands ; mais c’est leur pays, ce sont les biens de leurs compatriotes qu’ils saccagent. En somme, il n’y a qu’une chose à faire – prévue d’ailleurs par les règlements militaires –, quand l’ennemi s’avance, tout détruire.

Pâques.
Le soleil essaye de briller, quelques pêchers, de fleurir. Je me hasarde hors ville. Au retour, j’entends des cris affreux : « Kapout kapout ! » et devant une mauvaise taverne, je vois une dizaine de convalescents tunisiens souls et en train de s’assommer à coups de matraque. Ces imbéciles encore éclopés n’ont pas assez des batailles. Le sang coule. Impossible de rien faire entendre à ces forcenés. Enfin, un sergent français, un gaillard résolu et quelques soldats armés s’ouvrent un passage ; et quatre personnes armées se présentent pour le service.
Un « swi » plus sage tente d’excuser les autres : « Méchants, mais pas tous. Cinq doigts à la main, aucun pareil. Français aussi, pas pareils tous. »

Joie de voir, sous un beau soleil, flotter parmi les nôtres le drapeau des États-Unis. Un drapeau pourpre, azur et blanc aussi.
Joie de penser que nos vieux amis ne sont pas les ingrats égoïstes que nous craignions, que les démocrates se soutiennent. Certains disent : « C’est par intérêt, pour assurer le payement des avances qu’ils nous ont consenties que les Américains déclarent la guerre à l’Allemagne. »

Je ne pavoise pas. J’ai juré de ne le faire que le jour où il n’y aura sur le sol de France que des financiers. Des hommes politiques envisagent la question d’intérêt, c’est certain ; mais d’autres, tels que Roosevelt, voient un devoir à remplir, un geste ou plutôt une geste virile à faire. Ceux-là sont de vrais frères d’armes que nous devons accueillir à bras, à cœurs ouverts.